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Le processus des Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux (ZICO), développé par Birdlife international, est l'application de critères internationalement reconnus pour définir l'importance globale des zones pour la conservation de la biodiversité au niveau national. Il est suivi d'un cycle de surveillance, d'action et de recommandation pour assurer la conservation pérenne des zones. |
Les sites ZICO:
- Sont des lieux stratégiques, situés dans différents paysages, qui ont une importance significative dans la préservation des oiseaux;
- Sont des outils pratiques de conservation;
- Sont choisis en fonction de critères standardisés, appuyés par un bon sens biologique;
- Peuvent inclure à la fois des sites terrestres et non terrestres;
- Comportent des sites utilisés par les espèces durant leur période de nidification ou non (incluant les migrations);
- Devraient être, dans la mesure du possible, assez grands pour satisfaire les besoins alimentaires des espèces pour lesquelles elles revêtent une importance;
- Doivent être facilement adaptables du point de vue de la conservation et aussi loin que possible des délimitations des secteurs voisins;
- Devraient inclure, de préférence et dans les endroits où cela serait approprié, un réseau de sites déjà protégés;
- Ne s'adressent pas à toutes les espèces d'oiseaux et, pour certaines, ne s'appliquent qu'à une partie de leur aire de répartition ou que sur une base représentative;
- Devraient constituer une approche intégrée de conservation qui engloberait à la fois les espèces, les sites, la protection des habitats et l'aménagement de territoires.
On choisit les ZICO sur la base de critères qualitatifs et quantitatifs scientifiquement rigoureux qui procèdent d'une démarche mondiale, toutefois, les critères de cette délimitation sont adaptés par un comité technique consultatif à l'échelle régionale.
La catégorie
A1 concerne les espèces globalement menacées d'extinction
Critère : Le site accueille régulièrement
un nombre important d'individus d'une espèce globalement menacée
ou d'autres espèces dont la conservation est d'intérêt mondial.
Cette catégorie concerne les espèces inscrites sur la liste rouge
de l'Union Mondiale pour la Nature (UICN) et globalement menacées d'extinction
(BirdLife 2000). La présence d'espèces en danger critique d'extinction
(CR) ou en danger d'extinction (EN) impliquera systématiquement l'éligibilité
du site au réseau ZICO. Pour les espèces vulnérables (VU),
le seuil de 10 couples ou 30 individus sera pris en compte et pour les espèces
presque menacées (NT) : non-passereaux = 10 paires ou 30 individus; passereaux
= 30 paires ou 50 individus (la plupart des espèces NT sont aussi des
espèces à répartition restreinte).
Les termes régulier et important dans
l'énoncé du critère permettent d'exclure de l'analyse les
cas d'errance, d'incidence marginale et de signalement historique. Toutefois
cette catégorie n'exclut pas les sites qui, par suite d'actions de restauration
ou même de réintroductions, pourraient abriter de telles espèces.
Le terme espèce est utilisé pour signifier que les sous-espèces
ne seront pas considérées sauf si une révision taxonomique
est envisageable. Le statut reproducteur n'est pas pris en compte.
Critère : Le site accueille ou est présumé
accueillir une composante significative du groupe d'espèces
ayant une répartition restreinte et dont l'aire de reproduction définit
une Zone d'Oiseaux Endémiques (ZOE) ou une Zone Secondaire
(ZS).
Une Zone d'Oiseaux Endémiques
accueille au moins deux espèces à répartition mondiale
restreinte, et une Zone Secondaire accueille une seule espèce à
répartition mondiale restreinte c'est-à-dire dont l'aire de répartition
est inférieure à 50 000 km².
Soixante dix pour cent de ces espèces à répartition restreinte sont également menacées, ceci illustre la possible relation de causalité entre la répartition restreinte et le risque d'extinction. D'autres espèces comme les Ptilopes de la Société, le Martin-chasseur vénéré, la Salangane des Marquises ou la Rousserolle des Tuamotu sont plutôt bien représentées. Il faut, pour une utilisation convenable de ce critère, qu'un nombre maximum de ces espèces soient inclues dans les futures ZICO, ce que traduit l'expression composante significative.
Critère : Le site accueille ou est présumé accueillir une composante significative du groupe d’espèces dont la répartition est principalement ou entièrement confinée à un seul biome.
Un biome peut se définir comme une communauté écologique régionale majeure, caractérisée par des formes de vie distinctes et des espèces végétales principales.
Il a été donné une définition de cette catégorie
afin de préserver des espèces qui, bien que caractéristiques
puisque restreintes à un environnement particulier, n'entraient dans
aucune des deux premières catégories, car non menacées
et à large répartition.
Aucun travail d'identification des biomes n'a été entrepris dans la région Pacifique, ce qui rend l'application de ce critère difficile. De plus l'originalité et la petitesse des îles de la Polynésie française font que les trois catégories A1, A2 et A4 suffisent à protéger l'ensemble de ses espèces.
La catégorie A4 concerne les espèces grégaires
Cette catégorie a trait aux sites qui accueillent
des concentrations d'espèces, que ce soit en période d'hivernage,
d'estive, de nidification ou de migration. Pour qu'un site soit considéré
comme primordial pour la conservation des oiseaux et devienne une ZICO, il faut
que le rassemblement atteigne une certaine fraction de l'effectif de l'espèce.
Cette catégorie est la plus complexe à qualifier, car elle concerne
des situations biologiques variées, évaluées par trois
critères distincts (A4i, A4ii et A4iv), et nécessite une connaissance
certaine des effectifs de chaque espèce. Le comité technique consultatif
du projet, constitué de scientifiques spécialistes de l'avifaune
du Pacifique, a fixé les effectifs numériques qu'un site doit
atteindre pour pouvoir être compté dans le réseau ZICO.
La catégorie A4 est subdivisée en plusieurs sous catégories qui correspondent à des critères précis afin d'englober le maximum d'espèces :
A4i - Le site accueille ou est présumé accueillir régulièrement
1% au moins de la population biogéographique d'une espèce
d'oiseau d'eau.
La définition des oiseaux d'eau est celle retenue par
la convention de RAMSAR. Il lui correspond une liste de familles bien définie
par Wetlands International (Delaney and Scott (2002) Waterbird Population Estimates.
Third Edition). La population biogéographique définie dans ce
cas désigne un groupe d'oiseaux relativement distinct, ne se mélangeant
pas ou peu à d'autres groupes.
Ceci inclut toutes les sternes - bien que la plupart des espèces du Pacifique correspondent plus aux espèces marines, elles sont inclues dans cette catégorie pour conserver l'uniformité avec le reste du monde.
A4ii - Le site accueille ou est présumé accueillir régulièrement
1% au moins de la population entière d'une espèce d'oiseau
marin ou d'une espèce d'oiseau terrestre qui ne font pas partie
des familles d'oiseaux couvertes par Wetlands International (2002).
Pour ces espèces marines, seuls les rassemblements de reproducteurs sont considérés ; on compte donc le nombre de couples.
A4iii - Le site accueille ou est présumé accueillir régulièrement
au moins 20 000 oiseaux d'eau ou au moins 10 000 couples d'oiseaux
marins appartenant à une ou plusieurs espèces.
Ce critère constitue une simplification des critères A4i et A4ii
et permet de prendre une décision, uniquement lorsque l'effectif de la
population mondiale est inconnu.
A4iv - Le site est un « site couloir » qui accueille ou est présumé
accueillir un nombre d'oiseaux migrateurs dépassant les seuils
numériques arrêtés.
Les ZICO ont été identifiées par BirdLife en Europe, en
Afrique et au Moyen-Orient et des inventaires sont en cours en cours pour l'Asie
et les Amériques. C'est pourquoi BirdLife International a préparé
un projet spécifique pour le Pacifique qui restait, en 2000, l'une des
dernières zones à inventorier.
Le projet, d'un montant total de 1 645 032 € est financé par la
Communauté européenne à hauteur de 78,8%. Il est basé
à Suva, Fiji, avec des programmes nationaux de terrain à Palau,
en Nouvelle-Calédonie, à Fiji et en Polynésie française.
C'est la Société d'Ornithologie de Polynésie - Manu, membre
affilié à BirdLife qui en assure la mise en œuvre localement.
Le gouvernement de la Polynésie française participe au financement
à hauteur de 22% du budget de l'opération (28 182 166 F CFP) soit
un montant de 5 636 433 F CFP sur 2 années.
Le projet d'une durée de 24 mois en Polynésie française,
emploie un Coordonateur national et un secrétaire administratif. Il prend
en charge le bureau de la Société d'Ornithologie de Polynésie
"Manu" et son équipement ainsi que des missions de recensement
sur le terrain.
Le programme comprend les étapes suivantes:
- la recherche bibliographique;
- des consultations avec des experts et les organisations détenant des
données;
- l'orientation et l'organisation d'enquêtes sur le terrain;
- la compilation des descriptions et des détails relatifs aux sites et
à la production de cartes;
- l'établissement et le maintien d'une base de données;
- la production d'une publication nationale dans les langues appropriées;
- la promotion de la conservation des oiseaux, de la faune et de la flore par
le biais du processus ZICO.

Le programme a permis d'identifier 32 sites en Polynésie Française.
ZICO |
Nom du Site |
Commune |
Surface (ha) |
Espèces clé |
Protection |
Menaces principales |
Manuae, Motu One et Maupihaa |
Maupiti |
1645* |
Lori nonnette |
aire protégée |
rats noirs, chats |
|
Vallée d'Avera |
Taputapuatea |
800 |
Martin-chasseur respecté |
non |
espèces végétales invasives, destruction des habitats |
|
Vallée d'Opunohu |
Moorea-Maiao |
1800 |
Ptilope de la Société, Martin-chasseur vénéré |
partielle (PGA) |
espèces végétales invasives, destruction des habitats |
|
| PF 04 | Tetiaroa |
Arue |
665* |
Noddi brun, Fou à pieds rouges |
non |
dérangements |
Vallées Maruapo, Papehue, Hopuetamai, Orofero |
Punaauia, Paea |
512 |
Monarque de Tahiti, Salangane de la Société |
partielle (PGA) |
rats noirs, espèces végétales invasives |
|
Vallée de la Papenoo |
Hitaa o te ra |
7800 |
Rousserolle à long bec |
partielle (PGA) |
espèces végétales invasives, destruction des habitats |
|
Crêtes et pentes du Mont Marau |
Faaa |
1800 |
Pétrel de Tahiti |
non |
espèces végétales invasives, destruction des habitats, rats noirs, chats |
|
| PF 08 | Port Phaéton et anse de Mitirapa | Taiarapu ouest et est | 591 | Héron strié | non | remblais, dérangements, destruction des habitats |
Hatuta'a |
Nuku Hiva |
6193 |
Pétrel à gorge blanche, Gallicolombe des Marquises |
aire protégée |
rats noirs, chats |
|
Nord-Ouest de Nuku Hiva |
Nuku Hiva |
9000 |
Carpophage des Marquises |
non |
chasse, destruction des habitats |
|
Ua Huka |
Ua Huka |
8240 |
Lori ultramarin, Monarque iphis |
partielle (aire protégée) |
risque d'introduction des rats noirs, destruction des habitats |
|
Ilots rocheux de Ua Huka |
Ua Huka |
15 |
Sterne fuligineuse |
non |
récolte des œufs, rats noirs |
|
Ilots rocheux de Ua Pou |
Ua Pou |
10 |
Pétrel héraut |
non |
récolte des œufs, rats noirs |
|
Fatu Huku |
Hiva Oa |
130 |
Gallicolombe des Marquises |
non |
rats noirs, chats |
|
Tahuata |
Tahuata |
6900 |
Martin-chasseur des Marquises |
non |
chats, destruction des habitats |
|
Motane |
Hiva Oa |
1354 |
Monarque de Motane |
aire protégée |
rats noirs, chats, destruction des habitats par les moutons |
|
Fatu Hiva |
Fatu Iva |
7800 |
Monarque de Fatu Hiva |
non |
rats noirs |
|
Maria |
Rimatara, Rurutu |
219* |
Phaéton à brins rouges |
non |
||
Rimatara |
Rimatara |
180 |
Lori de Kuhl, Rousserolle de Rimatara |
non |
risque d'introduction des rats noirs, destruction des habitats |
|
Pentes du mont Hiro |
Raivavae |
200 |
Pétrel de Gould |
non |
rats noirs, chats |
|
Rapa |
Rapa |
3930 |
Ptilope de Hutton |
non |
destruction des habitats par les bovins et les chèvres sauvages |
|
Ilots rocheux de Rapa et Marotiri |
Rapa |
20 |
Océanite à gorge blanche |
non |
destruction des habitats par les chèvres sauvages |
|
Makatea |
Makatea |
2836 |
Carpophage de la Société, Ptilope de Makatea |
non |
risque d'arrivée du Busard de Gould |
|
Niau |
Niau |
2210* |
Martin-chasseur des Gambier |
non |
chats, destruction des habitats |
|
Motu de l'ouest et du sud-ouest de Rangiroa |
Rangiroa |
2200* |
Gallicolombe érythroptère, Lori nonnette |
non |
rats, chats |
|
Apataki, Arutua et Kaukura |
Apataki |
5402* |
Lori nonnette |
non |
rats noirs |
|
Tahanea |
Anaa |
1453* |
Chevalier des Tuamotu |
partielle (arrêté communal) |
risque d'introduction des rats sur les ilots indemnes |
|
Reitoru |
Hikueru |
232* |
Chevalier des Tuamotu, Frégate ariel |
non |
rats polynésiens, risque d'introduction des rats noirs |
|
| PF 29 | Fangataufa | Tureia | 540* | Pétrel
de Murphy |
non
(zone militaire) |
rats
polynésiens et rats noirs, chats |
Tenararo |
Gambier |
272* |
Gallicolombe érythroptère, Chevalier des Tuamotu |
non |
risque d'introduction des rats |
|
Morane |
Gambier |
224* |
Gallicolombe érythroptère, Chevalier des Tuamotu |
non |
risque d'introduction des rats |
|
Manui, Makaroa et Kamaka |
Gambier |
80 |
Océanite à gorge blanche, Pétrel de Murphy |
non |
rats polynésiens, risque d'introduction des rats noirs |
Plusieurs sites sont des candidats potentiels (Anuanuraro,
Tikehau, Temoe, Eiao) mais pour la plupart il n'a pas été possible
de vérifier leur intérêt par une visite sur le terrain et
d'autres, qui ne se qualifient pas au regard des critères ZICO, ont un
intérêt pour le patrimoine naturel de la Polynésie française
(Mehetia et Maiao aux îles du vent, pentes du mont Paiha à Bora
Bora, Kauehi, Tupai, Tekokota aux Tuamotu).