A la rencontre du Pahi
Cet oiseau endémique de cet archipel n’est plus présent qu’à Tahuata : en effet, il semble qu’il ait disparu de Hiva Oa depuis plusieurs années.
Au moment de préparer cette mission, Anne a pris contact avec les membres du SDR de Tahuata et de Hiva Oa afin d’avoir quelques renseignements sur l’île. Ces derniers sont littéralement emballés par la perspective de collaborer activement à cette étude. Ils proposent leur soutien logistique et Lucien du SDR de Tahuata propose de lancer une enquête auprès de la population de l’île afin de localiser des Pahi (c'est le nom marquisien de ce Martin-chasseur dans l’île.
Le premier jour, Louis, qui sert de guide, et Lucien emmènent Anne devant une souche d’arbre : la veille, un chasseur se reposant après une longue marche à l’ombre d’un arbre, allumait une cigarette, quand, subitement il essuya une attaque menée par 2 Pahi. Il ne reste plus à nos explorateurs qu’à attendre la venue des 2 féroces oiseaux. L’idée est bonne mais s’averre pénible à mettre en pratique car c’est aussi le lieu de prédilection de fourmis qui ne semblent pas vouloir déménager de leur nid. Au bout de 2 heures de combats acharnés avec les insectes, les 2 oiseaux arrivent enfin. La première impression est qu’ils ressemblent à des bandits : blanc aux ailes bleues avec un masque sur les yeux pour empêcher toute identification en cas d’arrestation. Ils ne semblent guère impressionnés par notre présence. Y aurait-il un petit sourire narquois au coin du bec ? En attendant ils vaquent à leurs occupations : ils visitent leur nid, se regardent dans le blanc des yeux et, sans doute, se content fleurette. Le nid consiste en une loge creusée dans un tronc d’arbre mort. Celui de nos 2 Pahi vengeurs est à 30 cm du sol. Anne décide avant son départ de l’île de revenir voir ce couple.

Très rapidement nous comprenons que la recherche de ces oiseaux ne pourra se faire qu’avec le concours de la population. En effet, ils couvrent un grand territoire et préfèrent construire leur nid sur la pente des vallées. Aussi, nous devons grimper sur les hauteurs, repérer des arbres morts et déterminer s’ils portent des nids. Puis nous devons vérifier si l’un d’eux est en activité.
Les jours suivants ressemblent fort à un jeu de piste : la population rapporte la présence d’oiseaux et nous allons vérifier l’information. Lors de nos pérégrinations nous sommes la tête en l’air, mais pas dans les nuages, à la recherche des bandits masqués. Nous n’hésitons pas à visiter des lieux longtemps inexplorés. Anne rencontre les nonos des plages de Tahuata, moins féroces que ceux de Terre Déserte à Nuku Hiva, mais cela n’empêche pas : ça gratte.
En allant vers Vaitahu, nous nous arrêtons dans un fa’apu : On nous a signalé un couple de Pahi qui entre et sort d’un tronc d’arbre. Nous décidons d’observer ce «manège». Evidemment le meilleur site d’observation est occupé par les fourmis, omniprésentes. Mais que cela ne tienne, nous nous installons, jumelles et appareil photo attendent l’arrivée des protagonistes. Nous attendons peu de temps avant de voir un bandit masqué passer la tête hors du nid. Sitôt parti, son comparse arrive. Le couple couve un œuf…
Le bilan de cette mission à Tahuata reste très positif : nous avons trouvé des Martins-chasseurs des Marquises sur la majeure partie de l’île. De plus, ils sont assez fréquents car il ne s’est pas passé une seule journée sans que nous en rencontrions. Mais le point le plus positif reste que la population locale prend conscience que cet oiseau, si présent dans leur quotidien, est un animal rare dont ils sont les derniers gardiens.
Anne Gouni